Category Archives: Multi-culturel

12 articles sur la Chine depuis un an

[Chunyan Li] Bonjour à tous, j’aimerais bien partager avec vous douze articles que j’ai écrits sur la Chine, les affaires franco-chinoises et les différences culturelles, et qui ont été publiés dans la presse – essentiellement française – depuis un an. Tout commentaire sera le bienvenu !

Le défi environnemental chinois est aussi une opportunité, Le Monde, 30/11/2015

Pourquoi Paris gagnerait à faire plus d’affaires avec Pékin?, Challenges, 03/11/2015

Pourquoi le e-commerce transfrontalier avec la Chine est prometteur mais difficile, La Tribune, 27/10/2015

Comment interpréter la chute de la Bourse chinoise ?, Le Monde, 04/09/2015

Huit conseils aux jeunes Chinois pour s’intégrer dans une entreprise française, Chine-info, 02/09/2015

Les Chinois deviendront-ils fanatiques d’Apple Watch ?, Chine-info, 20/03/2015

Faut-il encore investir en Chine ?, Le Cercle Les Echos, 19/03/2015

La richesse culturelle française : un atout pour attirer les nouveaux touristes chinois, JDN, 23/02/2015

Faut-il craindre les investissements chinois en France ?, Challenges, 05/02/2015

Pourquoi la Chine demeure une terre d’avenirLe Monde, 30/01/2015

Pourquoi les entreprises françaises ne sont pas encore à la hauteur en Chine ?, JDN, 30/01/2015

Chine et Occident : 10 malentendus faciles à éviterParisTech Review, 30/01/2015

Chinese puzzle and Western enigma: 10 common misunderstandings and how to avoid themParisTech Review, 30/01/2015

Chine et Occident : 10 malentendus faciles à éviter

Chunyan Li, publié par ParisTech Review le 30 janvier 2015

Entre la Chine et l’Occident, entre les Chinois et les Français, les Allemands, les Américains, de nombreuses différences culturelles demeurent, qui ne sont pas toujours faciles à repérer et à comprendre. Elles le sont d’autant moins qu’en échangeant dans la même langue – l’anglais des affaires – on a l’impression de parler des mêmes choses. De là ces petites et grandes incompréhensions qui peuvent déstabiliser les interlocuteurs et rendre difficile le travail en commun. C’est l’autre face de la mondialisation: la multiplication des malentendus. Il n’est pourtant pas impossible de les lever. Il suffit, pour cela, d’avoir quelques clés qui permettent de se mettre à la place de l’autre. En voici dix, sur des points particulièrement sensibles dans le monde des affaires.

Pour lire la suite de l’article : version françaiseEnglish version

Un proverbe chinois

Un proverbe chinois pour finir cette journée bien chargée : “山外有山,人外有人” (Shan Wai You Shan, Ren Wai You Ren) – “Derrière une grande montagne se trouve une autre encore plus grande, derrière une personne très intelligente se trouve une autre encore plus intelligente.”

Cela dit, personne n’est parfait et personne n’est le meilleur du monde dans l’absolu. Rester ouvert et curieux envers une autre personne, une autre culture et des choses différentes ; savoir et comprendre ce qui est en train de se passer ailleurs, ce que pensent et font les autres, apprendre à apprécier les gens qui ont un parcours différent, et s’inspirer de tout ce qui est différent de nous et ce que nous faisons, nous permettrait de faire des progrès en permanence. J’adore ceux qui ont cet esprit d’ouverture, qui posent des questions et qui se posent des questions, qui sont vraiment brillants mais qui restent humbles et accessibles, et je suis aussi convaincue que ceux qui restent centrés sur eux-mêmes n’iront pas très loin finalement, et c’est idem pour un pays. Plein d’histoires nous ont déjà appris cette leçon !

L’argent, un sujet tabou en France

Conversation de ce soir…
(un ami) “Qu’est-ce qui te motive dans la vie?”
(moi en rigolant) “Money, Money, Money !”
(Ils ont tous rit…) “C’est vrai qu’en Chine il n’y a que le matérialisme qui compte !”
(moi) “En Chine, tout le monde y pense et tout le monde en parle, tandis qu’en France, on n’en parle pas, mais en fait tout le monde y pense et fait semblant de ne pas y penser !”  :))

Le mystère du bronzage pour les Chinois

Par Chunyan, Paris, 2012-10-29

Aujourd’hui, le bronzage est une mode en France. On essaie de bronzer par tous les moyens : la mer, le ski, des produits et des centres de bronzage,… En été, à Paris, dans le même objectif, des femmes se mettent en maillot de bain dans les parcs.

(Photo prise à Arcachon, juillet 2012)

C’est presque un mystère pour les Chinois ou plus généralement les Asiatiques, et notamment pour les filles ou les femmes. Nous ne comprenons pas pourquoi les Français payent le bronzage, car nous recherchons exactement l’opposé : de manière générale nous voulons éviter d’avoir une peau bronzée, ou nous faisons tout pour avoir une peau blanche à tout prix. Dans les grands « shopping malls » ou les aéroports en Chine, les produits de blanchissement sont parmi les produits qui marchent le mieux. En été, des filles chinoises marchent dans la rue en portant un parapluie, pour éviter au maximum le contact avec la lumière du soleil. Récemment, selon un reportage sur lemonde.fr, il y avait des Chinois qui mettaient même le « face-kini » sur les plages de Qingdao pour ne pas bronzer.

(Source de la photo : Lemonde.fr, le 20 août 2012)

Pourquoi les Chinois ont tellement peur du bronzage ? C’est un mystère pour les Français. En France, une peau hâlée est considérée comme une peau naturelle et sensuelle, mais le plus important, est que cela reflète aussi une image de vacances à la mer ou au ski, un pouvoir d’achat permettant de se payer des vacances et de partir loin, ainsi qu’un style de vie aisé et un certain statut social. En Chine, le blanchissement reflète une image élégante, tandis que le bronzage est associé à l’image des paysans qui travaillent dans les champs ou de tous ceux qui ont besoin de travailler longtemps et laborieusement sous le soleil.

Pourtant, au 19ème siècle, le bronzage n’était pas encore valorisé en France. Les aristocrates voulaient conserver une peau blanche pour se différencier des paysans qui brunissaient dans les champs. Dans certaines couches de la société, on se protégeait du soleil grâce à des vêtements longs, une ombrelle, un chapeau (enfant à l’arrière plan), comme illustré ci-dessous dans le tableau de Claude Monet – « La Promenade » réalisé en 1875.

(Source de la photo : Wikipedia)

C’est à partir des années 1930 que le bronzage devient une mode incontournable en France notamment grâce à Coco Chanel qui prit accidentellement un coup de soleil sur la Côté d’Azur en 1920 et à la chanteuse métisse Joséphine Baker de la même période. Par ailleurs, la révolution industrielle et l’automatisation des travaux dans les champs ont permis à plus de gens de travailler en usine et aux paysans d’être moins exposés à la lumière du soleil. L’apparition des congés payés a également facilité l’accès aux vacances. Le bronzage n’est alors plus considéré comme un symbole de pauvreté et de labeur, mais un symbole de beauté, de sensualité et de réussite.

Conclusion : l’évolution des critères de beauté est fortement influencée par l’évolution de la société, que ce soit en France ou en Chine. Dans le futur, les Chinois commenceraient-ils eux aussi à apprécier une peau hâlée ? L’avenir nous le dira !

Pour mieux comprendre la culture chinoise

Par Chunyan, Paris, Sept. 2012

Mieux comprendre la culture chinoise à travers quelques caractères chinois…

La Chine est un pays qui possède une longue histoire. Longtemps ignorée du monde, elle est devenue aujourd’hui un sujet incontournable, suscitant débats  et passions. Pourtant, elle reste toujours lointaine, mystérieuse et difficile à comprendre pour la majorité des Occidentaux.

Souvent, on entend les Occidentaux dire : « il est vraiment difficile de saisir ce que pensent les Chinois ! », « ils semblent toujours dire oui et jamais non ! » ou « les Chinois passent des jours et des mois à négocier un contrat qu’ils ne vont pas respecter !», …

Pour un occidental, comprendre les chinois ne semble pas simple. Ne dit-on pas, face à une situation compliquée voire  inextricable : « c’est du chinois  » ? L’expression populaire dit clairement ce que nombre d’occidentaux ont vécu ou vivent encore en Chine, que ce soit dans une entreprise installée en Chine ou dans la vie quotidienne des occidentaux expatriés.

Pour vraiment comprendre ces valeurs et ainsi pénétrer la culture chinoise, il faut passer par l’analyse des caractères chinois qui les constituent et en connaître leur origine, leur composition, et le sens original et figuré. 

La Chine a 5 000 ans d’histoire et cette histoire est inséparable des caractères chinois. A l’origine, ils sont issus de pictogrammes, idéogrammes ou  rébus et qui ont beaucoup évolué au cours du temps. Fruits de pratiques sociales immémoriales, ils ont permis de transmettre les valeurs chinoises d’une génération à l’autre. A travers la façon dont un caractère chinois est créé, structuré et composé, parfois avec d’autres caractères chinois, nous pouvons non seulement repérer les signes culturels de l’époque qui a vu naître ce caractère, mais aussi mieux comprendre l’évolution de son sens et en déduire certaines caractéristiques et spécificités de la culture chinoise.

Les plus grandes valeurs traditionnelles chinoises peuvent être illustrées par ces huit caractères : « Harmonie » 和谐; « Endurance & Patience » 忍耐 ; « Pragmatisme » 践行 ;  « Evolution Contradictoire » 转化

Prenons l’exemple de l’Harmonie (和谐, en pinyin « He Xie ») :

(une des anciennes formes des caractères chinois)

Le mot « Harmonie » est composé de deux caractères : « He 和 » et « Xie 谐 ».

Voici la représentation d’une des anciennes formes calligraphiques du premier caractère chinois —- « He 和 » : à gauche le signe 口 représente la bouche ; à droite : les céréales en général (禾). L’harmonie est-elle de manger des céréales ? En réalité, non ! Le signe 口symbolise ici, non pas le fait de manger mais de chanter ! Dans l’Antiquité, lors du travail des champs, les paysans labouraient la terre de manière coordonnée et utilisaient le chant pour rythmer et se synchroniser. Le travail du chant participait donc au travail aux champs.  

Quant au deuxième caractère —- « Xie 谐 » : sur la partie droite de la forme ancienne, le haut signifie deux personnes qui sont ensemble et le bas signifie « parler ».  La partie gauche représente les « paroles ». Les 2 parties ensembles évoquent le sens de « deux personnes parlant en même temps mais dans le même ton », et donc le fait d’échanger ses opinions, sans conflit, en bonne intelligence et bonne entente.

Comme souvent en chinois, les deux caractères se renforcent mutuellement et vont dans le même sens, ici celui de l’harmonie. Cette double harmonie devait donc se trouver non seulement dans les activités agricoles, les plus importantes de la Chine antique, mais aussi dans tous les moments de la vie quotidienne. Ainsi, mise en valeur, l’Harmonie est au cœur de la culture chinoise. Elle désigne une relation équilibrée entre l’homme et la  nature, entre l’homme et la société, entre les hommes eux-mêmes et entre chaque homme et lui-même.

Pourquoi l’Harmonie ? Dans les temps anciens, les Chinois pensaient que la vie, les êtres vivants ou tout objet inanimé étaient issus du ciel et de la terre et considéraient que l’harmonie était l’état naturel et idéal de tout être ou objet dans l’univers. Cette spiritualité de l’harmonie a été par ailleurs développée par les différentes philosophies chinoises : Confucianisme, Taoïsme, Bouddhisme, « Ying Yang », etc.

Quelques autres exemples pour illustrer  le même esprit :

  • Le mot « 共和国 » (Gong He Guo) correspond à la république en français, mais il a un autre sens littéraire en chinois : 共和 – l’harmonie mise en commun ; 国 : pays ; Ensemble : un pays dans lequel l’harmonie est mise en commun. La république est donc moins perçue comme un principe politique qu’un système social.
  • 合同 (He Tong) – Contrat :
    • 合 (He) :

Première explication : la partie en haut représente un couvercle, et la partie en bas représente une boîte ; Ensemble : un contenant avec un couvercle qui s’y adapte parfaitement; Deuxième explication : la partie en haut représente une bouche qui s’ouvre vers le bas, et la partie en bas représente une bouche qui s’ouvre vers le haut ; Ensemble : s’embarrasser et s’entendre parfaitement

同 (Tong) : 

En haut : la cheville de bois ; En bas : une bouche qui chante ; Ensemble : chanter ensemble pour fixer la cheville de bois sur les champs de travail.

Le mot  «合同» (He Tong) évoque donc la convergence et l’ajustement adéquat, plus que les clauses écrites noir sur blanc, ce qui explique pourquoi les Chinois ont une différente interprétation du contrat. Cela peut arriver qu’ils ne respectent pas « précisément » certaines clauses du contrat, en revanche ils respectent la confiance mutuelle et l’évolution des relations.

  • Un proverbe chinois « 静坐常思己过,闲谈莫论人非 »  (S’asseoir en silence et réfléchir à ses propres erreurs, discuter sans potins sur les erreurs des autres) montre une approche plus exigeante envers soi-même que vis-à-vis des autres. L’autocritique est encouragée pour maintenir l’harmonie avec les autres.  Et, dès le plus jeune âge, l’éducation y contribue avec des enseignants qui disent toujours que « quand quelque chose ne marche pas, il faut chercher les causes en soi-même au lieu de les chercher sur les autres ». Ainsi quand un enfant en Chine rencontre des problèmes, il aura plutôt tendance à se remettre en cause sans s’en prendre aux autres, qu’ils soient les professeurs, la famille ou l’environnement. C’est à peu près l’inverse de l’approche française dans laquelle l’élève, avant de se remettre en cause, critiquera, accusera tout ce qui lui est extérieur jusqu’à favoriser la création d’un bouc émissaire.
  • Un autre exemple de cette recherche de l’harmonie permanente se trouve dans la peinture traditionnelle chinoise, qui représente souvent de très grandes montagnes au pied desquelles coulent fleuves et rivières, avec un tout petit homme, parfois minuscule, mais qui s’intègre complètement dans son environnement. A la différence de la peinture traditionnelle européenne qui met souvent la personne en avant, la peinture chinoise traditionnelle (appelée Shui Mo Hua, ou « peinture à l’encre chinoise, qui prend souvent les montagnes et rivières comme sujets ») symbolise bien cette recherche de l’harmonie : le « petit homme » fait corps avec son environnement et ne cherche pas à s’en isoler ou à s’en séparer par des agissements  incohérents ou individualistes. 
  • Ce concept d’harmonie se retrouve aussi dans l’architecture traditionnelle chinoise qui est souvent structurée et équilibrée entre la gauche et la droite. A la Cité Interdite il y a trois grands pavillons dont le premier porte le nom de « Taihe Dian » (Le pavillon de l’harmonie dans l’univers), le deuxième « Zhonghe Dian » (Le pavillon de l’harmonie entre les hommes), et le troisième, « Baohe Dian » (Le pavillon de l’harmonie éternelle). Les noms de ces pavillons en disent plus long sur l’harmonie que tous les guides touristiques !
  • Vous connaissez peut-être le sport « Taijiquan», un sport pratiqué par beaucoup de Chinois et même des Occidentaux. En fait, c’est un sport du Taoïsme avec des mouvements qui illustrent bien son esprit philosophe : surmonter la « fermeté » par la « douceur », et surmonter la « mobilité » par la « tranquillité ». Les Chinois l’utilisent parfois  comme  « stratégie » pour convaincre quelqu’un ou pour dépasser leurs concurrents.

Aujourd’hui, même avec la montée de l’individualisme des jeunes chinois, de plus en plus tournés vers l’occident, la recherche de l’harmonie est toujours très présente parmi la population chinoise. Naturellement, les Chinois cherchent à éviter les conflits, ne s’expriment pas toujours facilement sur ce qu’ils pensent, ne réagissent pas souvent aux sautes d’humeur des occidentaux et ont du mal à dire « non », ce qui donne l’impression aux Occidentaux qu’ils disent tout le temps « oui » et qu’il est difficile de savoir ce qu’ils pensent vraiment. Ces comportements que les occidentaux ont du mal à comprendre sont tous régis par la recherche de l’harmonie, qui sera toujours privilégiée par rapport à une voie plus personnelle voire individualiste ou solitaire.

Pour plus de contenu, veuillez trouver ici la présentation sur ce sujet qui illustre en détail d’autres valeurs fondamentales chinoises. Vous trouverez également mes réflexions et mes observations sur les différences culturelles entre le monde chinois et le monde occidental/français.